Histoire du fondateur

Des échos dans le réseau : pourquoi j’ai créé EchoVault

De Tron et du cyberpunk dans l’enfance, à la construction du véritable réseau, jusqu’à réaliser — des années après la mort de mon père à 59 ans — que je voulais laisser plus que quelques photos et des fichiers éparpillés.

Un soir, Tron: Legacy tournait en fond. Pas comme un événement, juste du bruit dans la pièce pendant que je faisais autre chose. Puis le personnage de Jeff Bridges, Flynn, arrive à cette conversation avec Clu sur la construction d’une machine qui pense comme lui. Un système avec lequel il pourrait ne faire qu’un. Et soudain, ce n’était plus de l’arrière‑plan.

Parce que j’ai réalisé que je faisais une version plus calme, plus banale de ça depuis des années. Pas les combats de disques néon. L’autre partie. La partie où tu construis quelque chose qui pense selon tes schémas, parle avec ta cadence, prend des décisions comme toi, puis tu le lâches dans le Grid.

D’une certaine façon, c’est ce qu’EchoVault essaie d’être : une fabrique d’échos humaine, à bas coût. Pas des âmes. Pas de magie. Juste des échos cohérents de la façon dont une personne pense et parle, ancrés dans de vraies conversations.

Je ne me suis pas assis en me disant : "Je vais recréer Tron." Ça m’est venu par surprise. Les pièces étaient là bien avant que j’aie un nom pour elles.

Grandir avec Tron et le cyberpunk

J’ai grandi avec ça. Tron. Gibson. Le cyberpunk avant que le streaming n’en fasse du papier peint. Le web des débuts, quand « se connecter » ressemblait moins à une métaphore et plus à une numérotation vers un continent inconnu.

Les héros n’étaient pas seulement des rock stars et des hackers. C’étaient ceux qui construisaient les rails. Les sysadmins et les ingénieurs de backbone, les étranges types dans des salles froides à trois heures du matin qui savaient que s’ils foiraient un changement BGP, des régions entières s’éteignaient.

Le cyberpunk m’a donné un modèle simple du monde. Les corporations se comportent comme des nations. Les réseaux se comportent comme des terrains. Identité, mémoire et pouvoir ne sont que des données, du stockage et des règles d’accès. À seize ans, ça paraît edgy. Après trente ans de réseau, tu réalises que c’est presque un manuel d’instructions.

Construire le vrai Grid

Alors je suis allé aider à construire le Grid pour de vrai. Pas celui qui brille. Le banal. Câbles, routeurs, peering, défenses DDoS. Plus tard, des data centers hyperscale, des fabrics RDMA pour des clusters d’IA. Le mobilier sous les démos clinquantes.

J’ai passé la plupart de ma vie d’adulte à faire circuler le trafic des autres et à garder les systèmes des autres en ligne. Arrêter les crues. Contourner les pannes. Faire passer l’échelle d’un ordre de grandeur sans tout incendier.

C’était la première moitié de l’histoire.

Quand le Grid cesse d’être celui des autres

La seconde moitié, c’est quand le Grid cesse d’être « leur » système et devient personnel. Tu vieillis. Tu as des enfants. Ton corps commence à envoyer des avertissements. Dans mon cas : la SEP. Une mobilité qui ne se présente pas toujours quand elle devrait.

Tu commences à penser en décennies, pas en trimestres.

La question glisse doucement de : "Comment garder ce backbone en marche ?" à : "Que restera‑t‑il de moi pour ces gens quand je ne pourrai plus marcher, parler ou être là ?"

Le cloud, tel qu’il existe aujourd’hui, ne répond pas à cette question. Il l’accumule. Les big tech ont tes photos, tes messages, tes rants nocturnes. Ils peuvent les ressortir pour l’engagement. Ils ne les organisent pas pour tes enfants.

Le cyberpunk a eu raison sur une chose : personne ne viendra te sauver. Si tu tiens à la manière dont ton histoire sera retenue, tu dois architecturer ta propre solution.

EchoVault comme écho cohérent, pas comme âme

EchoVault est né de ça. Sur le papier, c’est simple. Tu enregistres des histoires. Tu réponds à des questions. Tu téléverses des photos, des documents, des morceaux d’écriture. Tu obtiens un modèle de persona capable de parler avec ta voix et de répondre avec ton contexte. Tu obtiens une archive structurée que ta famille peut chercher, interroger et relire bien après ton départ.

Pas une âme. Pas l’immortalité. Un écho cohérent de ta manière de parler et d’expliquer, ancré dans de vraies sessions, avec des limites claires.

Flynn, Clu, et pourquoi je ne fusionnerai jamais

Si tu as vu Tron: Legacy, tu connais le mot que le film cherche : les ISO, des programmes émergents qui apparaissent simplement à partir de la complexité du système. Flynn ne les a pas conçus. Ils ont évolué et ont perturbé le système « parfait » que Clu essayait d’imposer.

EchoVault ne donne pas naissance à de vraies ISO. Ce n’est pas si romantique. Ce qu’il construit ressemble plutôt à une version à bas coût : des programmes façonnés autour d’une vie humaine, se comportant plus comme une personne que comme une page d’aide, te surprenant juste assez pour que ça ressemble à une conversation, pas à un script.

Il y a un autre parallèle important : Flynn et Clu. Flynn construit Clu pour « créer le système parfait ». Clu le fait exactement — de la pire façon — parce que le brief ne change jamais et que Flynn sort de la boucle. Les systèmes parfaits n’ont pas de place pour les gens.

Je n’ai aucun intérêt à ne faire qu’un avec une IA. Et je ne lui donne pas non plus un pouvoir absolu. J’aime ces outils. Je ne fusionne pas avec eux. J’ai vu ce film. Ça s’est mal terminé.

Ce que je fais à la place est plus pragmatique. J’utilise des modèles capables d’apprendre mon ton et mes schémas de pensée comme des outils : ils m’aident à écrire, penser et organiser mon travail, pour aller plus vite et déléguer une partie de la corvée. Codex comme exosquelette, pas comme colonne vertébrale de remplacement.

Avec EchoVault, je fais ça pour d’autres personnes, avec des garde‑fous. Les données brutes restent dans un coffre contrôlé par la famille. La persona est éditable. On peut réécrire des réponses, corriger des souvenirs, retirer l’ensemble. Il y a des limites : pas d’instructions d’auto‑harm, pas de coaching criminel, pas d’hallucination d’une nouvelle histoire familiale parce que le modèle veut improviser.

C’est la différence cruciale avec Tron. Clu avait un objectif et aucune supervision adulte. EchoVault est multicouche, révocable, et volontairement « ennuyeux » côté sécurité.

L’influence subconsciente

Si tu m’avais demandé il y a un an : "Tu essaies de recréer Tron ?" j’aurais ri. Je n’ai pas de disque lumineux. J’ai un tas de routeurs et du Python à moitié fini.

Mais quand on s’y attarde assez longtemps, on voit le chemin. Le cyberpunk m’a appris que l’identité est donnée plus contexte. Tron m’a appris qu’on peut être dans le système tout en restant soi‑même. Le réseau m’a appris à construire les tuyaux qui transportent tout ça. Devenir père et vieillir m’a donné le motif. EchoVault est le résultat évident quand tu mets ces quatre entrées dans une vie et que tu la laisses tourner trente ans.

Pourquoi ça compte maintenant

On parle souvent de l’IA comme d’une force alien larguée sur nous depuis l’orbite. Pour moi, c’est plutôt la fermeture d’une boucle commencée dans les années quatre‑vingt. Le gamin qui fixait des light cycles et des écrans de console est désormais assez vieux pour se soucier profondément de ce qu’il advient de ses histoires quand il ne peut plus les raconter lui‑même.

J’ai toujours supposé qu’il y aurait un Grid. J’ai toujours supposé que les corporations essaieraient de le posséder. J’ai toujours supposé qu’il y aurait un combat pour savoir qui contrôle l’identité à l’intérieur.

EchoVault est ma réponse à un tout petit morceau de ce combat. Je ne promets l’immortalité à personne. Je ne clone pas des âmes. J’essaie d’offrir aux familles une meilleure manière d’emporter leurs personnes dans des systèmes qui leur survivront.

Si, dans trente ans, un ado de seize ans ouvre un terminal et parle à une persona qui sonne un peu comme moi, et que ça l’aide à prendre une meilleure décision que celle que j’ai prise à cet âge, ça suffira.

Appelle ça un écho dans le Grid, le plus proche que j’irai d’un fantôme dans la machine : construit à partir d’histoires et de consentement, pas de mystique.